RECIT trouve son origine dans des pratiques d’animation, de formation et d’accompagnement où les dimensions créatives occupaient déjà une place centrale.
Au fil du temps, une tension est apparue entre deux types de démarches :
Chacune apportait des éléments essentiels, mais de manière partielle.
Les premières permettaient de comprendre les situations, les enjeux, les mécanismes relationnels.
Les secondes permettaient de vivre, ressentir et expérimenter autrement ces mêmes situations.
RECIT s’est développé dans l’espace entre ces deux logiques, en cherchant à les articuler plutôt qu’à les opposer.
La construction de RECIT repose sur quelques intuitions fondatrices qui, au fil des années, sont devenues de véritables principes d'action.
Il ne s'agit pas des vérités absolues, mais de repères qui orientent notre manière de comprendre les processus de transformation et d'accompagner les personnes comme les collectifs.
La première intuition est que toute transformation possède une part visible et une part invisible.
Les comportements, les décisions ou les résultats observables ne sont que les manifestations d'un processus plus profond, souvent difficile à percevoir. La relation à soi, aux autres, aux autres et au monde peut déjà avoir évolué bien avant que le changement ne devienne visible.
Le changement peut être observé partiellement. Il ne peut jamais être entièrement saisi.
La deuxième intuition est que l'expérience vécue constitue le véritable matériau de la transformation.
Ce qui est traversé, ressenti, expérimenté, mis en forme puis revisité devient une ressource durable d'évolution.
Les connaissances, les concepts et les modèles sont précieux. Ils permettent de comprendre, de nommer et de structurer l'expérience. Mais, à eux seuls, ils ne transforment pas.
La connaissance n'est qu'une composante du processus. L'expérience en demeure le moteur.
La troisième intuition est que le sens ne précède pas toujours l'action.
Il arrive que nous comprenions après avoir agi.
Une expérience, un geste, une création ou une rencontre peuvent ouvrir des perspectives nouvelles qui n'étaient pas accessibles par la seule réflexion.
À condition qu'elle soit accompagnée, réfléchie et intégrée, l'action devient alors productrice de sens.
La quatrième intuition est que les réalités humaines sont multidimensionnelles.
Aucune discipline, à elle seule, ne permet d'en rendre pleinement compte.
Les approches de l'accompagnement gagnent en pertinence lorsqu'elles sont articulées dans un cadre cohérent plutôt qu'utilisées de manière isolée.
C'est pourquoi RECIT mobilise différents champs de connaissances et de pratiques. Non pour les juxtaposer, mais pour les mettre en dialogue au service d'une compréhension plus globale des processus de transformation.
Claire a 40 ans.
Elle travaille depuis plusieurs années dans un service administratif. Son travail est stable, structuré, et elle est souvent décrite comme consciencieuse et fiable. Elle aime l’idée d’être utile et trouve une forme de satisfaction à soutenir les nouveaux arrivants, à leur expliquer les procédures et à faciliter leur intégration. Avec le temps, elle est devenue une personne ressource dans l’équipe, celle vers qui l’on se tourne lorsque quelque chose bloque ou qu’il faut “tenir le service” dans les périodes de surcharge.
Dire non lui est difficile.
Elle accepte régulièrement des dossiers supplémentaires et répond présente dès que l’activité augmente. Refuser lui demande un effort intérieur important, comme si cela mettait en tension l’équilibre global du fonctionnement du service.
À première vue, sa situation ne suscite aucune inquiétude.
Pourtant, depuis longtemps déjà, quelque chose s’est modifié.
Claire ressent une fatigue plus persistante. Elle récupère moins bien. Les journées demandent davantage d’efforts pour un résultat identique. Elle continue, mais avec une sensation diffuse de décalage, comme si le travail devenait progressivement moins habitable.
Elle n’en parle pas vraiment. Elle tient.
Jusqu’au jour où elle n’y arrive plus.
Un matin, elle reste chez elle. Impossible de se lever, impossible de faire face à la journée. Le médecin parle de burn-out.
Pour son entourage, la situation semble avoir basculé soudainement.
Pour elle, ce n’est pas un basculement. C’est l’aboutissement d’un processus déjà engagé depuis longtemps.
L’événement rend visible ce qui s’était progressivement installé dans le quotidien sans être nommé.
L’arrêt de travail n’est pas une transformation en soi. Il ouvre un espace où quelque chose peut éventuellement se transformer.
Dans les semaines qui suivent, Claire tente de comprendre ce qui lui arrive. Elle met des mots sur la fatigue, la surcharge, la pression accumulée. Ces éléments lui apportent une compréhension intellectuelle de la situation, mais ne modifient pas encore son rapport concret à son quotidien.
Un jour, dans le cadre d’un accompagnement, il lui est proposé de représenter son équilibre de vie avec des objets simples posés sur une table.
Elle hésite longtemps.
Puis elle commence à disposer quelques éléments.
En regardant la composition, elle dit simplement :
« Je vois bien que tout repose sur moi… et que je ne laisse presque plus de place au reste. »
Personne ne le lui avait formulé ainsi.
Ce n’est pas une explication qui a produit cette prise de conscience, mais une expérience.
Quelques temps plus tard, une autre étape est proposée.
Claire dit ne pas savoir par où reprendre. Elle attend de “retrouver de l’élan” avant de décider quoi que ce soit.
Plutôt que de chercher une réponse immédiate, l’accompagnement lui propose une expérience simple : aller passer une demi-journée dans une structure qu’elle avait déjà envisagée par curiosité.
Sans engagement.
Sans objectif de décision.
Simplement pour être en situation.
Cette expérience ne donne pas de solution immédiate.
Mais elle produit un déplacement.
Claire revient avec une sensation différente. Pas une certitude, mais une réouverture.
Le sens n’a pas précédé l’action.
Il a commencé à émerger à partir d’elle.
Au fil de l’accompagnement, différents registres peuvent être mobilisés selon les moments : dialogue, clarification, expression créatrice, outils issus de la PNL, de l’Analyse Transactionnelle ou de la Communication Non Violente.
Aucune de ces approches ne suffit à elle seule à comprendre la situation.
C’est leur articulation, ajustée au réel, qui permet de soutenir le processus.
L’histoire de Claire ne décrit pas seulement un burn-out.
Elle montre comment une transformation peut être déjà en cours bien avant d’être visible, et comment un événement de rupture peut à la fois révéler un déséquilibre ancien et ouvrir un espace de recomposition possible.
C’est dans cet entre-deux que s’inscrit la démarche RECIT.
La reliance constitue le premier mouvement du processus.
Elle désigne la mise en relation : à soi, aux autres, à l’expérience, au contexte.
Dans de nombreuses situations d’accompagnement, ce qui fait difficulté n’est pas seulement le problème posé, mais la rupture ou la fragilisation du lien :
La reliance consiste à recréer un espace où ce lien peut se rétablir, sans pression de résultat immédiat.
Elle s’appuie sur des apports issus de la Programmation Neuro-Linguistique pour la précision de l’expérience subjective, de l’Analyse Transactionnelle pour la lecture des positions relationnelles, et de la Communication Non Violente pour la qualité du lien.
Elle s’inscrit également dans une posture inspirée de l’éducation populaire, où la personne n’est pas considérée comme objet d’intervention mais comme sujet de son propre processus.
Elle apparaît dans le projet RECIT comme une réponse à une limite récurrente des approches exclusivement verbales : certaines expériences ne se disent pas directement, ou pas encore.
L’expression créatrice permet alors de déplacer le rapport à l’expérience.
Elle ne vise pas la production artistique en tant que telle, mais l’utilisation du processus créatif comme espace d’exploration, de mise en forme et de transformation.
Dans les pratiques qui ont nourri RECIT, cela a pris des formes variées :
travail plastique, modelage, écriture, mise en mouvement du corps, dispositifs symboliques, jeux de rôle, constructions collectives.
Ce qui importe n’est pas la forme, mais ce qu’elle permet : rendre visible, tangible et partageable une expérience intérieure.
L’expression créatrice joue ainsi un rôle double :
L’intégration constitue le troisième mouvement du processus.
Sans intégration, l’expérience reste fragmentée, isolée ou sans effet durable.
Intégrer, dans RECIT, signifie relier ce qui a été vécu à une compréhension plus large de soi, de ses fonctionnements et de ses possibilités d’action.
Ce travail peut prendre plusieurs formes :
mise en mots, mise en perspective, identification des apprentissages, reconnaissance des ressources mobilisées, exploration des options nouvelles.
La Programmation Neuro-Linguistique intervient ici comme un ensemble de ressources permettant de structurer l’expérience, de modifier les cadres de perception et de consolider les apprentissages.
L’intégration ne clôt pas l’expérience. Elle l’ouvre au contraire vers de nouvelles possibilités d’action, de choix et de positionnement.
RECIT ne repose pas sur une seule discipline, ni sur une seule école de pensée.
Il se construit dans l’articulation de plusieurs champs issus de l’accompagnement et du développement humain.
Ces apports ne sont pas utilisés comme des techniques indépendantes, mais intégrés dans un même processus d’accompagnement.
La posture d’accompagnement est au cœur de RECIT.
Elle ne consiste pas à apporter des solutions, ni à orienter les personnes vers une réponse prédéfinie.
Elle consiste à créer les conditions dans lesquelles une transformation peut émerger.
Cette posture repose sur plusieurs principes :
L’accompagnant dans RECIT n’est pas extérieur au processus, mais en position de soutien du cadre dans lequel ce processus peut se déployer.
